Un peu d'orthographe suite :-)

Je publie la réponse à la réponse de Thierry fontenelles que j'ai faites sur le blog de Microsoft consacré au correcteur orthographique. Je remercie Thierry pour le temps qu'il a bien voulu m'accorder pour répondre.

Bonjour,

Tout d'abord, à moi de vous remercier d'avoir pris le temps de me répondre. Cela montre encore une fois votre ouverture d'esprit et votre sincêrité chose qui manque terriblement aux dirigeants de votre société mais cela est une autre histoire :-) .

Il m’est difficile de rentrer dans cette polémique sur l’entreprise pour laquelle je travaille, étant donné que je suis surtout un passionné de la langue (ma langue maternelle, mais aussi les autres). C’est certainement cela qui m’a poussé à accepter ce poste pour participer au développement d’outils linguistiques, de repousser les frontières de l’informatique et de la linguistique et de tenter de découvrir jusqu’où on peut aller en fournissant à l’utilisateur des outils utiles et performants.

C'est bien ce que l'on ressent lorsqu'on vous lit. Rien à dire la dessus. Je comprend votre situation, c'est exactement comme ces créatifs qui travaillent chez Disney à repousser les limites de l'animation et de la narration jouissant de moyens extraordinaires. J'objecterais que les seuls moyens financiers ne suffisent pas seulement et pas toujours.

Vous abordez le prix du correcteur. Je rappelle ici qu’il est mis gratuitement à la disposition des utilisateurs de notre suite Office qui souhaitent le télécharger. Vous objecterez qu’il faut pour cela avoir la suite Office, mais, puisque vous parlez d’enseignement, je rappellerai que les enseignants et les étudiants bénéficient de remises de prix plus que substantielles et très avantageuses.

Je ne veux pas polémiquer la dessus mais reconnaissez qu'en situation de monopole sur les éditeurs de texte, la société pour lequel vous travaillez à beau jeu de proposer des prix pour l'enseignement sachant que le format de ses fichiers est fermé. Les utilisateurs sont captifs mais encore une fois cela est en partie une autre histoire.

Je tiens simplement à rappeler ici que le développement de ce genre d’outils nécessite des investissements considérables et que la qualité ne s’obtient pas en travaillant sur ce genre de projets en dilettante, entre 18h et 20h pendant quelques semaines.

Je suis conscient que l'argent est le nerf de la guère mais je trouve votre vision du développement sous licence libre, de type GPL ou autre, un peu réductrice :-) . De la même façon que vous, il y a des gens passionnés de ce coté aussi!

Je travaille dans ce domaine depuis près de 20 ans et je sais que le développement de ressources linguistiques est un énorme problème auquel sont confrontés tous ceux qui s’intéressent au traitement automatique du langage naturel. On ne peut le confier à des gens inexpérimentés. En ce sens, j’avoue être toujours un peu étonné qu’on attende d’un logiciel de qualité qu’il soit gratuit.

Je suis en complet accord avec vous

Pour rester dans le domaine qui nous préoccupe ici, quand mes enfants vont à l’école, je leur achète un "Petit Larousse" et un "Petit Robert" parce que ces outils sont de qualité et qu’ils ont été produits par des spécialistes, des lexicographes expérimentés qui connaissent leur métier. Personne ne semble s’étonner de devoir payer pour un très bon dictionnaire (ou pour une calculatrice, un autre outil vital).

Pardonnez moi mais jusqu'à présent je peux acheter un petit Larousse dans n'importe quel magasin et c'est un bien matériel qu'il a fallu réaliser en mettant en jeu des forces de la nature. L'oeuvre logiciel est une oeuvre de l'esprit dont la duplication représente un coût marginal. Et quand bien même je voudrais acquérir le dit logiciel, je ne pourrais le faire puisque je ne dispose pas de l'OS idoine. C'est comme si j'étais obligé d'aller dans tel magasin et pas dans les autres pour l'acheter et pour pouvoir l'utiliser. Les dictionnaires papiers sont un format totalement transparent puisque je ne suis pas obligé d'être dans un "magasin" particulier pour l'utiliser ;-) .

Vous l’avouez d’ailleurs paradoxalement en précisant que « cela ne vous dérangerait aucunement de devoir payer pour un correcteur orthographique performant ».

Encore une fois, je ne vois pas en quoi c'est paradoxal. Je ne vois aucune raison particulière pour me soustraire au paiement de tel ou tel logiciel sous prétexte que c'est un logiciel et de surcroit sur internet. Ce que je sais c'est qu'il faut de l'argent pour développer et faire des choses. Si je veux qu'elle dure, il faut que je le paie d'une manière ou d'une autre encore faut il avoir le choix. Avec le monopole de Microsoft, je n'ai pas ce choix.

Pour la dernière suggestion, le volontariat me tient beaucoup à cœur. Depuis plusieurs années, je suis actif au sein de l’Association Européenne de Lexicographie, Euralex, dont le but est précisément d’étudier et d’améliorer les dictionnaires. C’est une association scientifique où se côtoient les chercheurs universitaires et les lexicographes issus des plus grandes maisons d’édition du monde entier. Nous servons tous une même cause, l’amélioration de nos outils et le progrès de la science en matière de lexiques et d’ouvrages de références. Le progrès scientifique passe par le brassage des connaissances et des idées (du choc des idées jaillit l’esprit, n’est-ce pas ?). Je connais bien le monde universitaire et le domaine de la recherche fondamentale (ainsi que celui de l’enseignement, une autre de mes passions). Sans cette recherche fondamentale, nous ne sommes rien et nous avons besoin des chercheurs pour faire progresser nos connaissances. Les prototypes et les théories élaborés dans les labos universitaires sont cruciaux à cet égard. Mais le passage du prototype à un outil robuste et de qualité, prenant en compte des myriades de cas jugés souvent inintéressants par le chercheur, nécessite des efforts et des investissements (en développement et en test) qui, à mon humble avis, sont difficilement compatibles avec la tentation de croire que l’on peut atteindre le même résultat en y travaillant « à ses moments perdus ».

Enfin, je suis admiratif de votre travail hors sphère de la société qui vous emploie. Je comprend aussi que le travail est long et ardu et qu'il nécessite plus que "des moments perdus" ;-) , expression malheureuse, je l'avoue, pour exprimer un travail philanthropique se faisant hors de la sphère de celui rémunéré :-) .